Poèmes

"le mot, sitôt écrit, n'est plus que pensée morte..." R.Raynal



PROLOGUE

Les minutes vides sont liberté d'attendre

Le temps indifférent qui navigue au long court

Les chemins oubliés des illusions factices.

En vain sonnent le glas d'une âme nonchalante

Un soleil s'est enfuit, entraînant les étoiles

Je voudrais les étreindre à travers l'étendue

Mais tout n'est que parole ou cendre de pensée.

Ici sera l'attente, disposons le décor

Nous mettrons là l'angoisse et ici la colère

Nous disposerons du désir et de la mélancolie

Et quand viendra la fin j'inventerais les larmes

Comme un étrange rappel du tout premier voyage.

Dehors est la vie en musiques célèbres

La calme melopée des héros abattus

Ces regards libérés qui se remettent en cage

Effrayés de grandeur,apeurés par l'amour

Je tend l'oreille aux appels de la nuit

Et j'entend dans mon coeur un chant de solitude.

R Raynal

 


OMBRE DE GLACE

 

Vois tu cette ombre sur le sol gelé

Fine et indistincte en aiguille de glace

Et l'esprit gourd qui lentement contemple

Par peur de réchauffer une ombre du regard

Et cette étoile jaune,riche par ses reflets

Isolée aussi,solitaire ne sa puissance

Ce reflet qui se meut silencieux sur ma page

Ces rayons d'or furtif.ces contrastes étranges

Qui rappellent à mon âme l'éclat de vos regards.

En moi viennent des marées d'oubli ou de mémoires

Voyages intérieur aux sources de la magie

Sur des voies parallèles à l'imagination.

Rêves et souvenirs ne sont que vents folâtres

J'attendrai le présent,l'hommage d'un regard

Pour calmer ces tempêtes qui agitent ma plume.

Un jour l'encre s'arrêtera à l'orée du bonheur

Et ce qui sera notre.je le mettrais en mot.

 

R. Raynal


ETINCELLES HUMAINES

 

 

Dans les reflets mouvants sis au delà des murs

Etonnantes constellations dont se pare la nuit

Ici est la couleur faite pour l'oeil de l'homme

Un autre ciel se créé sous les abîmes stellaires

Droites illuminées, courbes irridescentes

Tout se meut

Se confond dans les flottements du regard

Vives pupilles se saupoudrant d'un rêve

Pour la foi d'un instant en la parole humaine.

L'oubli du mouvement, tendre sollicitude

Aspire mes pensées

Echardes de mondes lointains

En tourbillons scintillants pour les miroirs de l'âme.

L'oubli se fait, un monde passe

Reste celui qui sait, et contemple l'étoile

Grisé de solitude

Une ville a ses pied.

R.Raynal


NOS ROUTES INTERIEURES

Ebauches ou esquisses

Il est bien des routes vers les lieux du devenir

Et le penseur s'arrête

Fige l'instant dans sa course

Pour attendre les secondes sur nos routes intérieures.

Reflets inversés sur la vitre du regard

Entraînés dans nos courses pour d'éternelles secondes

Ou nos conflits muets s'oublierons sur nos lèvres.

Passe l'éblouissement des gouffres extérieurs

La nuit percée de fléchés s'écroule sous nos pas

Pour d'autres rivages, d'autres cieux

D'autres errances aux lisières de l'âme.

A travers l'étendue s'élancent d'autres hommes

Elégants et blafards, bien plus fins que des voiles...

Les horizons s'écartent aux confins de l'action

Passent les silhouettes d'oubli ou de désir

Musicales et blêmes qui reposent entre nos doigts.

Ici est l'élan, la mouvance subite

Les éclats dérisoires, les moments éternels

Les mots qui courent, véloces

Ceux qui sifflent et claquent

Ceux qui brisent les chaînes qui sommeillent en nous

Tels sont les êtres poussés aux vents des choses

Qui cheminent, démons perdus

Sur nos routes intérieures.

R.Raynal


SEUL DANS LA NUIT

Les globes dessinent de mouvantes auréoles

Du rouge décadent au bleu le plus tenace

Lumière dispensée pour rien ou pour les yeux

Nul ne pénétrera les nuits de la mémoire

Des formes inconnues se détachent des murs

Saveurs de la grisaille en désir d'errance

Les questions qui patientent dans ces nuits

Ou l'imprécision sourd comme fièvre de l'eau

Là sont les brumes qui effacent le chemin

Et le pas se fait lent pour qui aime cela

Sentiments indécis,espaces de solitudes.

Pour moi,j'ai arrêté le temps

Les aiguilles en ballade comme glace de jour

Ont arrêtées sur mes yeux l'interminable course

Loin,la noirceur se fera aube

Mais le pas noble s'éloigne

Il faut refermer les yeux, les vivre

Dans l'attente des rues, rivières imprécises

Dans ces rencontres furtives au détour d'une nuit.


Les empires de papier

une blancheur complice s'étend sous le regard

muette attente de création

territoire vierge ou la pensée laisse sa marque

ici commence l'aventure

ici court la plume ou frappe le stylet

disposant doucement tout le peuple des lettres

arrangées avec art comme marques furtives

parole muettes pour l'hommage de l'oeil

Là sera la glace et disposons le feu

ici l'auteur arrêtera la course de ses doigts

sourires

Et le lecteur en lui même, ému

Ainsi passent des vies pour le parfum d'une encre

Fugitive tendresse qui caresse la page

Agitation indécise à l'orée de la phrase

Mouvance furtive de la musique des mots

Qui filtrent lentement des arcanes d'un crâne

Pour flotter lentement de sublimes instants

pour voler a nos vies de précieuse secondes

avant de s'écouler, ivres de signifiance

dans l'ornière de la page jusqu'au prochain départ

pour un nouvel envol dans vos lectures complices

 


Les nostalgies de la matière

L'esprit avide de savoir inverse les changements

dans la quête étonnantes des ailleurs révélés

interroge la matière, mémoire et souvenir

sur les étranges aurores par delà la lumière

dans des temps reculés, engloutis

dans les terres vierges ouvertes aux calculateurs

le chiffre parle en sa voix rauque

Défi est lancé a travers les étendues...

ici était la chose, dite singularité

lorsque ici et quand n'existaient pas encore

ni encore d'ailleurs car le temps était à naître

tel n'est pas le bon mot pour l'inexistence

l'atemporalité attend son découvreur

Ce fut donc la rupture, brisures symétriques

dans un univers sombre qui tenait dans la main

règne de l'énergie, matière en gestation

des forces insoupçonnées empêchent le solide

rien n'est encore quand vient l'affrontement

l'univers se dévore, ivre d'existence

et sur ses cendres froides nous nommons: matière

liberté est alors donnée à la lumière

mesure inaltérable

entraînant l'intelligence par de la l'apparence

tromperie des sens par trop délimités

Réalité complexe en symboles abstraits

simplicité absente, ici est l'expérience

Confrontation muette de l'être et de l'étant

R. Raynal


DERIVE

Demain je serais seul

Demain je serais vieux

A entendre le temps qui craque sous mes pas

A regarder le vide sans espoir de retour

Les heures imperfectibles s'enfuiront dans la nuit

Demain il sera la assis sur quelque marche

Sans soleil et sans feu, cet amoureux du vide.

Dans un regard éteint l'ombre devient maîtresse

Alors Je remuerais mes lèvres dans le vide des jours

Alors je serais la, tueur de pages vierges

Immobile dans la nuit comme au plus fort des jours

Pour rêver un passé,ce qui aurait pu être

Pour pleurer solitaire sur les plus hautes marches

Les reflets,les yeux morts seront mes compagnons

Et des aurores viendront étendues à ma porte

J'enlacerais le vide par désir de présence

Alors je le saurais.

venu le temps des rides

Le matin me trouvera allongé sur le seuil

Partit une autre fois vers les rives de l'aube


L'écrivain

Il est seul pour affronter le néant de la page

Pour le peupler de mots, de lieus et personnages

Pour mettre un peu de lui en des phrases fiévreuses

Pour écrire les pensées, loin de ses lèvres closes

Pour croire un instant que la souffrance est passagère

La page attend, fausse virginité

La page ordonne, vaine frivolité

Il est seul, face à la lumière

cherchant,t les mots pour l'émotion intacte

Pour donner part ses mains

Le rire, les larmes, l'aventure ou la mort.

Chaque signe sur la page est un peu de vie qui va

Vers d'autres mains, d'autres rives

Pour peupler de ses rêves des univers ignorés

Pour laisser ses mots pour aimer ou maudire

Extrait de ses tréfonds par quelque sortilège.

Il attend, dans l"ombre et la lumière

A l'abri de ses phrases, barrières contre la vie

Et il se dit artiste, art venu de solitude

Pour un peu de rire et beaucoup de souffrance,ce

Parce qu'il ne peut que donner sans jamais recevoir

Parce qu'au fond de son être se m^le dans le feu

Solitude et désirs

Il reste seul, face à sa lumière...


Instants volés

L'image n'est que reflet sur complexe oeil de verre

Esclave d'une main ignorant la lumière

Furtives caresses en rappel du métal

Attention portée vers des charmes fugaces

Vers les ombres et leurs pièges

Et l'éclat d'une étoile aux élans dangereux

Les sombres mécanismes font retentir leur chant

Mystérieuse melopée en frottements étranges

Tapis dans les courants au fond de la matière

En perceptions naissantes dans l'éveil des cristaux

En déferlement subtil sur des zones sensibles

Ou d'invisibles forces imposent leur présence

Sur de fragiles voiles à la minceur troublante

L'oeil est actif, en son prolongement

Arrachant à l'empire des temps des lambeaux immortels

Pour des minutes riantes à jamais répétées

Pour un pouvoir indécis sur l'empire des secondes

Prisonnières rapides d'une lumière complice

En un brouillard doré jouant sur les visages

En paillettes joyeuses suspendues en leur vol

L'obscurité retombe dans ses chambres amies

L'iris se referme en une muette attente

Vers le ciel intérieur des espérances

De celui qui déchiffre les chants de la lumière.


Les temps

Il est des livres abstraits

Tout chargés de symboles

Renfermant en leur coeur l'annonce de la mort du temps

Telle est la découverte, dilution des certitudes

Ou la seconde faussement immuable a volé en éclats étranges

Les heures sont tordues pour les sens aiguisés

Ainsi la montre plie sous la loi lumineuse

Obéissance est donnée à l'invariance

Et le seigneur devient vassal, versatile et futile

Innombrables fils du temps qui dansent dans les chiffres

Ici est le temps propre, c'est celui du regard

Celui de l'être et de l'amant

Viendra la vitesse, la grande dévoreuse

Et nous ne verrons rien, faibles car trop humains

Des phénomènes cachés au fond de la matière

Ou s'est glissé le doute

Des orbes magnifiques et myriades célestes

Sinon dans les reflets arrachés aux écrans

Aux quartz et au métal de nos frères futurs.


Vol vers l'ombre

Des visages indistincts surgissent du passé

Chargés de rides, porteurs d'une espérance par delà les années

A jamais engloutis dans l'abîme du temps

De nos yeux fatigués nous voulons voir les choses interdites

Qui s'abattent plus loin que la mémoire.

Des mains devenues griffes lacèrent nos pensées

Des regrets enlisés sur les rivages de nos réalités futures...

Alors un océan peut naître dans nos yeux

Roulant ses mornes vagues sur l'étendue des visages

Des corps inanimés dont la vie s'est enfuie

Ou de la beauté n'est plus que le douloureux souvenir

Avant la fin de l'être au moyen du néant...

Il est des mots qui ne seront pas dits

Des gestes indispensables oubliés dans la fuite du temps

Assassin indistinct tourmentant la matière

Bientôt cédera sous les assauts de l'homme

En une science nouvelle, digne fille de vie

Sommeille le secret et l'ancien, privilège

Des dieux oubliés, nectar et ambroisie

Ici est le message, dans l'au delà des tombes

Annonce faite à l'ailleurs de l'arrivée prochaine

D'un suprême défis aux forces chaotiques

Eternité...


Fenêtre sur nuit

Un rectangle de néant s'impose devant mes yeux

Masse inhospitalière de ténèbres

Ou le mouvement est ombre, et ombre le destin

Loin, le regard plonge dans la noirceur

Cherchant lentement le reflet de mon âme

Il n'est rien d'autre que l'image récréée par le verre

Qui semble dire oui aux questions de la nuit.

La mouvante noirceur s'élance sur mon être

Rien ne saurait atteindre cette brumeuse citadelle

Qui plonge dans la nuit comme océan furtif

Autour du néant existe la lumière

Mais que dit la frontière, indiscernable limite

Dont la présence terrible s'impose à mon esprit

Rien n'existe, hormis elle.

Mais l'image du chaos amplifie sa présence et résonne en moi comme l'écho d'un signal

Et cette nuit s'avance, vivante et compacte

Dévoreuse d'espaces...

Mais sa puissance blêmit sous l'assaut d'un regard

Et cette nuit explose en fragments dérisoires

Immobile à mon coté, tu viens de t'éveiller.


Plaines rouges

Un pâle soleil s'éveille par delà les dunes

Et un léger brouillard s'élève de la pierre

Rosé et changeant, l'horizon s'avance

Et le crissement des vents passe sur les solitudes...

Et tu t'éveille aussi, près de ton rêve fracassé

Et sur tes yeux ouverts des éclats couleur sang

Ne sont pourtant que les reflets de la plaine.

Ta main s'attarde sur ce sable étranger

Puis ton pas se fait lent, mesuré.

Ce monde te contemple par ses orbites mortes

Et tu marcheras dans tous les déserts rouges

Jusqu'aux glaces crantées, les gardiennes des pôles

Ou, fatigué, tu t'écroulera comme une dune mouvante

Les vents rouges sur toi souffleront

Et tu te lèvera pour la dernière fois

Jusqu'au temps où ton air s'enfuira

Alors viendra pour toi l'âge de la glace

Et, écroulé dans ces neiges, éternel, préservé

En te rient du temps qui ne peut te frapper

La face au ciel, tu regardera monter

A l'heure où les soleils s'endorment

Ton monde fascinant, ta simple étoile au ciel.


Rumeurs océanes

Les vagues ont murmuré leurs secrets à la plage

Sur un rivage différent au delà de nos yeux

Leurs voies vivantes à présent se sont tues

Effaçant à jamais le souvenir des eaux

En d'étranges sites voisins des profondeurs

S'étend la grande plaine à jamais ténébreuse

Festival de couleurs ignorées dans un monde assombri

Ce tourbillon liquide, enfant de la pression

Où se meuvent des formes telles un début de vie...

Il est d'autres abîmes pour la mort de la terre

En de lents mouvements faisant trembler les hommes

Sur ces sables inconnus mémoire d'une autre ère

S'inscrivent les mystérieuses volutes des choses innommées

Des êtres polymorphes, inconstants

Un regard du passé pour de lointains descendants

Par des yeux inutiles aujourd'hui condamnés

Souvenirs de la lumière

Des cieux liquides au dessus de nos têtes

Lente remontée vers l'éden quotidien

Royaume de la houle, chants de l'eau et du vent

Et une étoile jaune sise au dessus de nos têtes

L'oubli viendra, salvateur pour la crainte

Débarrassant les âmes des nostalgies hadales.


Après

L'herbe n'est plus que souvenir

Sous un ciel différent, riche d'obscurité

Refoulant les étoiles en une nuit nouvelle.

La poussière, promesse de mort, crisse sous le pas

Mais il n'est nul regard s'envolant vers l'horizon

Ou au loin la pluie tombe

Et annonce un désert différent, une stérilité enfermée en son sein

Et qui descend de l'homme par le jeu des atomes

Qui un jour s'unirent ou se brisèrent

Dans un chant provoqué d'énergie et de mort..

Aux lointains l'océan des poisons vient faire mourir les cotes

En noire pestilence signant la fin des algues

Quelques pâles lumières sont encore dans les plaines

Au chevet des derniers, vains et pitoyables

Qui furent jadis maîtres de la matière.

Un vent se lève, en provenance des dunes

Vierges de pensées, sans plus de signifiance

Que la mer primitive des premiers jours du monde.

Sur ce sol fatigué une nouvelle vie prend forme

Peut être est-ce l'ultime

Mais une brusque rafale, dans la chaleur de l'étoile

Fait mourir ce signal misérable

D'une vie avortée sur une planète morte.

R.Raynal


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